19/08/2011

PRAGUE ET LA BOHEME

Le récit du voyage

 

par G. Bonidan


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Hradcany, Mala Strana, Stare Mesto, Nove Mesto... ces mots lus dans l'avion prennent soudainement une dimension savoureuse lorsqu'ils sont prononcés avec rondeur par Maria, notre guide locale venue nous accueillir à l'aéroport de Prague après un court vol dès Genève.

Le quartier du château illuminé, la Moldau enjambée par le Pont Charles au loin et notre hôtel sur la place Venceslas... L'animation est grande, bien que nous soyons un dimanche soir. Oubliée la ville froide, grise, comme renfrognée,  d'avant la révolution de velours de 1991 !

C'est une ville rutilante, flamboyante que nous allons découvrir pendant les deux premiers jours de ce voyage consacré à Prague et à la Bohême du Sud.

Le lendemain matin, c'est en car que nous quittons notre hôtel excellemment situé à deux pas du théâtre des Etats et de la place de la vieille ville.  A Prague, il faut savoir tempérer son impétuosité, renoncer  à l'élégance au profit du confort, troquer les escarpins pour de confortables chaussures... car le pavé pragois est rude ... et la découverte infinie !

La montée au Château nous offre la vue classique sur la ville  aux cent clochers qui en compte en réalité beaucoup plus ! Nous allons découvrir le couvent de Strahov et ses salles à  la fastueuse  et enivrante  décoration baroque. 

Sur les hauteurs de Prague, nous sommes déjà sur les traces de Mozart, lequel joua sur les orgues de l'église. Lors de ses quatre voyages, aucune autre ville ne lui réserva un accueil aussi chaleureux, aucune autre ville ne le fêta avec autant d'affection, aucune autre ville enfin ne le pleura comme Prague en 1791. Le Tchèque à la fibre musicale. A l'instar des époux Duschek qui accueillirent Constance Weber et Mozart dans leur villa suburbaine de la « Bertramka », les Pragois continuent  à faire vivre son œuvre à travers les innombrables concerts offerts dans le décor fastueux des églises baroques de la capitale. Mais Mozart sait aussi s'effacer devant les  trois grands compositeurs nationaux : Leoš Janáček, Antonín Dvořák et Bedřich Smetana.

Avant le déjeuner, la visite du couvent de Notre- Dame-  de Lorette nous réserva une découverte inouïe : l'ostensoir orné de  6222 diamants. Ils ornaient autrefois la robe de la Comtesse Kolowrat qui les offrit au couvent. L'architecte viennois Fischer von Erlach en fut le génial concepteur.  Cet ostensoir précieux  nous offre un objet quasiment immatériel : il n'est qu'éclaboussures d'or, de diamant et de lumière.

Après ces émotions esthétiques,  il est temps de se restaurer, de retrouver ses esprits autour d'une bonne chope de bière. Plus que l'Allemagne  et la Belgique  encore, la bière a une patrie : la Bohême ! Une bonne « Pilsner Urquell »  de Pilsen -première bière blonde translucide et mère de toutes les pils- ou une « Budweiser »- nous rafraîchit,  car le soleil était de la partie. La bière a rang parmi les joyaux du patrimoine national...

C'est une agréable fraicheur  qui nous accueillit  dans la cathédrale Saint-Guy, illuminée par les vitraux réalisés par Alfons Mucha et ses confrères. Comme nous allons le constater dès le lendemain avec la visite de Stare Mesto, Prague est aussi la ville de l'Art nouveau, mais un Art nouveau oscillant entre le style « Nouille français » et les réalisations plus rigides, plus géométriques de la « Sécession viennoise ». Dans le chœur, sous un dais de velours pourpre, comment ne pas tomber sous le charme du tombeau baroque de Saint-Jean-Népomucène. Des anges d'argent flottant dans les airs semblent  protéger la châsse contenant les reliques du martyre et saint patron  de Prague. Fischer von Erlach réalisa ici l'une de ses meilleures œuvres avec 200 kilogrammes d'argent. A noter que la Bohême était depuis le Moyen Age riche et prospère  grâce aux gisements d'argent de Kutná Hora. Marie nous explique la légende de ce saint médiéval  qui, ayant refusé de trahir le secret de la confession, fut jeté dans la Moldau. Le Roi Venceslas IV de Bohême exigeait  de savoir si son épouse Jeanne de Bavière lui avait été infidèle !

Initiés, nous découvrons que Saint-Jean-Népomucène devint la figure de proue de la Contre-Réforme en Bohême. Son culte contribua   à faire oublier la Réforme de Luther mais aussi les pré-réformateurs que furent Jan Milic, Mathias de Janov et surtout Jan Hus. Cent ans après la mort de Jean Hus, brûlé comme hérétique, au concile de Constance en 1415, Luther pouvait toutefois écrire : « Nous sommes tous quelque part des Hussites » !

C'est dans le château voisin, siège actuel du Président  de la République, que Marie nous donna les clefs pour comprendre les enjeux de la terrible Guerre de Trente Ans. C'est en effet avec la défenestration des représentants  de l'empereur du Saint-Empire romain germanique  que l'Europe s'enflamma. La soldatesque, principalement  des mercenaires sans foi ni loi au service de l'Empereur -des Danois, des Suédois et des Français- allait ravager, anéantir l'Europe Centrale. Belle leçon de géopolitique  où se conjuguent  questions religieuses et intérêts dynastiques

Par la Ruelle d'Or et ses maisonnettes bigarrées (Franz Kafka habita au  numéro 22 ),  nous atteignons le palais Wallenstein qui abrite maintenant le Sénat.

Après Hradcany et Mala Strana nous découvrons le lendemain « Stare Mesto » : la vieille ville qui a pour centre l'Hôtel de ville médiéval et la statue imposante de Jan Hus réalisée en 1915 pour le 500e anniversaire de sa mort. Les façades ogivales, baroques et rococo, la façade  de Notre-Dame du Thyn servent de parure architecturale à la statue du pré-réformateur et défenseur  de la langue tchèque. C'est lui qui élabora les signes diacritiques qui visaient à simplifier la langue tchèque pour la rendre plus vivante et simple face à la langue des marchands allemands. Prague fut à l'époque  médiévale l'une des plus importantes villes commerçantes d'Europe, la guerre de Cent Ans ayant en quelque sorte stérilisé l'Europe de l'Ouest !

La découverte de Karlovy Vary, à l'ouest de la capitale et de Marianské Lazné (Marienbad) au sud, fut également un éblouissement. Mais à côté de ces villes d'eau, le château de Becov abrite un véritable trésor : le reliquaire de Saint-Maur,  crée vers 1200. La visite du château permet de mener l'enquête au gré des salles, car ce trésor avait disparu dans la tourmente de la fin de la seconde guerre mondiale.

Le reliquaire de Saint-Maur doré, richement sculpté et garni de 500 gemmes, avait été fabriqué entre 1200 et 1230 sous l'impulsion de la famille Rumigny qui possédait de vastes domaines dans le sud de la Belgique actuelle.

Sa redécouverte, son exhumation et sa restauration sont dignes d'une authentique histoire rocambolesque. Finalement la police criminelle tchécoslovaque retrouva ce trésor après la Seconde guerre mondiale.  Restauré,  il devint propriété de l'Etat.

Après l'agitation de Prague, Karlsbad et Marienbad nous offrent un repos bien mérité et un peu de fraicheur. Situées à une altitude d'environ 400 mètres,  les deux cités ont également retrouvé leur faste d'antan. Les façades repeintes, les statues restaurées et dorées de frais font oublier les années du socialisme et ses « curistes ». Les ouvriers méritants, les syndicalistes et les ouvriers avaient investi, après 1948, les deux stations. Oubliées les têtes couronnées et les crinolines !  De cette époque, quelques architectures, comme un magasin « Bata » tout fonctionnaliste ou une statue de Karl Marx venu prendre les eaux à Karlovy Vary, témoignent encore. Mais les deux cités sont bien différentes : Karlovy Vary est redevenue la mondaine où l'on entend plus parler le russe que le tchèque. Le Grand Hôtel Pupp où nous logeons en est redevenu le symbole !

Marianske Lazne (Marienbad) a quant à elle retrouvé son ambiance germanique. On y parle l'allemand et la frontière voisine favorise le séjour de curistes allemands attirés par les prix et la grande variété curative de ses eaux ; on dénombre une quarantaine de sources. Aux cinq colonnades, racontant chacune une histoire de Karlovy Vary répond l'immense jardin qui occupe le centre de Marianske Lazne, offrant  calme et fraicheur au curiste. Marianske Lazne atteignit son zénith de gloire et d'élégance au tournant du XIXe et du XXe siècle. Après Saint Moritz, elle était la ville thermale la plus chère et la plus luxueuse d'Europe ! Ainsi, le roi d'Angleterre Edouard VII y séjourna neuf fois.

Avant de quitter ces deux villes, nous avons sacrifié à la tradition et goûté à la treizième source de Karlovy Vary : la Becherovka ! Le Becherovka est sans aucun doute la liqueur tchèque la plus populaire. Des générations durant, la recette secrète passa de père en fils... elle est de nos jours toujours jalousement cachée ! Nous savons seulement qu'elle est distillée à partir d'une vingtaine de plantes et d'épices.

Avant de rentrer à Prague notre dernière visite sera pour Cesky Krumlov, l'une des villes historiques de Bohême parmi les mieux conservées. Chemin faisant nous profitons de paysages bucoliques,  émaillés par les nombreux lacs artificiels où depuis le XIIIe siècle sont élevées les carpes qui font les délices des tables de Noël.  Nous devons aussi à ces étangs la présence de nombreuses cigognes qui en cette saison étaient dans les nids.

Inscrite sur le répertoire de l'héritage culturel de l'UNESCO depuis 1992, Cesky Krumlov est lovée à l'intérieur d'une boucle de la Vlatava et dominée par son château. S'il conserve une tour médiévale ornée de peintures évanescentes, la majeure partie des bâtiments fut remaniée dans les styles baroque et rococo. A l'intérieur, la « salle des masques » est l'une des pièces les plus fastueuses, ornées de peintures en trompe-l'œil réalisée sur le thème de la commedia dell'Arte... Elle accueillait les bals !

Après cette découverte, flânerie dans la « ville intérieure » dont le centre naturel est formé par une place en pente bordée par des maisons Renaissance et Baroques, parmi lesquelles notre hôtel.

De retour à Prague, avant de reprendre l'avion en fin d'après- midi, la dernière matinée fut mise à profit par certains pour découvrir le musée Saint Agnès consacré à la peinture et à la sculpture médiévale de Bohême. D'autres préférèrent flâner dans les ruelles de la vieille ville pour acheter quelques derniers grenats et objets en cristal de Bohème...

 Tous quittèrent avec regret la République tchèque qui offre encore tant de trésors artistiques à découvrir !

Commentaires

Je trouve le descriptif de Gérard magnifique à la fois dans sa précision, son style vif et la manière condensée avec laquelle il arrive à dire et à nous faire revivre l'essentiel de ce voyage merveilleux et inoubliable.
Merci Gérard pour ta présence et ton animation à la fois chaleureuses et discrète.

Écrit par : Robert Braisaz-Latille | 28/08/2011

Merci Gérard pour ce rappel de notre voyage. Votre grande érudition et vos connaissances ont été très appréciées. J'avais oublié beaucoup de choses et de vous lire m'a été d'un grand secours. A quand une rencontre autour d'une Pielsen et d'une cigarette? Bien à vous

Écrit par : girardet | 30/08/2011

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