01/10/2010

PERIPLE EN UKRAINE

VOYAGE EN UKRAINE

 

par Lara Pétrouchina


Kiev 3.JPG

 

 

Du 4 au 11 juillet 2010, sous l'égide de l'agence HISTOIRE ET VOYAGES, c’est un groupe de 25 personnes qui pose le pied à l’aéroport de Kiev dimanche 4 juillet en fin de soirée après un vol direct depuis Genève. Après les formalités douanières habituelles, l’autocar nous mène à l’hôtel où chacun est heureux de gagner sa chambre en se réjouissant de découvrir la ville le lendemain.

Lundi 5 juillet

Après une bonne nuit de sommeil dans notre confortable hôtel  un copieux petit déjeuner nous attend, accompagné, pour ceux qui le souhaitaient, de champagne de Crimée. Ce breuvage sera présent  dans tous les petits déjeuners du circuit, et certains y ont pris goût… !

Cathédrale Ste-Sophie.jpgLa première visite est pour la cathédrale Sainte-Sophie, imposante et majestueuse avec ses mosaïques et fresques dont certaines ont 9000 ans. Notre guide, Yalina, volubile et passionnée, précise que les mosaïques comprennent près de 180 nuances différentes. Dans la cour verdoyante, un barde aveugle chante d’anciennes complaintes accompagnées de la bandura, un instrument à cordes typiquement ukrainien. Nicolas Gogol, qui fut un grand connaisseur de la musique populaire, considérait les Ukrainiens comme un des peuples les plus musicaux du monde. Yalina précise qu’à l’époque soviétique, les meilleurs ténors du Bolchoï étaient ukrainiens.

Nous traversons ensuite la ville de Kiev, dont les chroniques du Moyen Age disent qu’elle était le « joyau de l’orient », la rivale de Rome et Constantinople. Recouverte pour deux tiers de verdure, elle offre un visage accueillant. Nous sommes maintenant dans le quartier du Podol, centre du marché artisanal. La colline du Podol est dominée par la Collégiale Saint-André, une curieuse synthèse entre le Baroque italien et les bulbes traditionnels russes. A proximité, nous visitons la maison de l’écrivain Mikhaïl Boulgakov, auteur du roman « Le Maître et Marguerite ».  Tout comme Gogol, il appartient à la lignée des satiristes métaphysiciens qui mit l’école russe à l’avant-garde de la littérature européenne, à l’instar de Pasternak ou Mandelstam.

En fin d’après-midi, tout le groupe se retrouve au bar de l’hôtel pour un apéritif offert par Edipresse Kiev, représenté par Miroslava, femme charmante et très chic qui offre un petit présent à chacun. Pendant cet apéritif les participants font connaissance et une très bonne ambiance s’installe, qui sera maintenue jusqu’à la fin du voyage.

 La soirée se poursuit dans un restaurant typique. Nous avons pu nous rendre compte au cours de ce voyage que les Ukrainiens aiment la bonne chère et la nourriture copieuse. Le « bortsch » et le « Galushki » sont pour l’Ukrainien ce que sont les spaghettis à l’italien. Le bortsch est une soupe savoureuse composée d’une vingtaine d’ingrédients. Une bonne ménagère le prépare si épais que la cuillère y tient toute droite ! Quant au Galushki, on peut le comparer au gnocchi. Il est servi avec de la crème fraîche. Autre spécialité, le « vareniki », sorte de ravioli fourré de fromage blanc ou de fruits. A l’exception d’un déjeuner, les repas furent toujours bons et les restaurants bien choisis.

Mardi 6 juillet

La matinée est réservée à la visite de l’ensemble monumental de la Laure de Petchersk, composé  d’églises, de clochers et Cathédrale Dormition.JPGde tours. Il n’a d’autre rival que la cathédrale Sainte-Sophie au centre de la ville. Nous découvrons le Trésor des Scythes, ces tribus nomades qui furent de remarquables orfèvres. Ils ont atteint dans le travail de l’or et du bronze une perfection rarement égalée. Leur style a reçu le nom d’animalier dont s’est inspiré Cartier pour ses créations avec têtes de panthères et autres. L’ensemble est réputé aussi pour son réseau interminable de catacombes. Des cryptes abritent le repos de saints, tout recouverts de brocart. Des ampoules électriques nous guident dans ce labyrinthe qui garde sa part de mystère.Cathédrale St Michel.jpg

Après le déjeuner, nous visitons le musée de l’Art russe, ses riches collections s’échelonnent du 13ème siècle à nos jours.

Cette visite se termine vers 17h00 et certains parmi nous profitent de ce temps libre pour visiter un grand marché couvert, construit en 1910. Ce merveilleux étalage de denrées nous donne une idée de la couleur et de la vitalité de la foule ukrainienne.

Mercredi 7 juillet

Nous quittons Kiev de bon matin pour gagner la Crimée. L’aéroport domestique est un peu vétuste et fort saturé mais fort heureusement le départ se fait à l’heure. A notre grand soulagement ( !), l’avion n’est pas un Tupolev mais un Boeing récent qui nous dépose une heure trente plus tard dans la capitale de la Crimée, Simferopol. Le guide et le chauffeur nous accueillent avec le sourire.

Nous voici donc en Crimée, l’ancienne Tauride où Oreste retrouva Iphigénie. Terre longtemps disputée par les Grecs, Romains, Byzantins, Gênois, Tatars, Turcs… La Grande Catherine, impératrice de Russie, l’arracha à l’Empire ottoman. C’est Khroutchev qui l’attribua à l’Ukraine en 1954 mais les habitants sont majoritairement russes. Blague locale : « le chien occidental demande au chien ukrainien : c’est mieux maintenant ou pire ?  Réponse : notre chaîne est plus longue mais la gamelle est vide. Seulement, nous avons la permission d’aboyer ! ».

Notre première visite est pour la maison que Tchékov habita entre 1899 et 1904, année de sa mort. Le jardin ombragé à la belle végétation est agrémenté de cyprès, palmiers et bambous plantés par Tchékov lui-même, qu’il utilisait comme canne pour la pêche. Les pièces conservent les meubles d’origine, aux murs sont accrochées les photos des hôtes de passage tels Chaliapine ou Rachmaninov… C’est dans ce décor que Tchékov écrivit La Dame au petit chien, La Cerisaie, l’oncle Vania. Il est ici plus apprécié comme auteur de nouvelles, alors que dans le reste de l’Europe ce sont ses œuvres pour le théâtre qui ont assuré sa célébrité. De cette visite on retiendra entre autres cette devise de l’écrivain : « c’est seulement la tête froide comme la glace qu’il faut se mettre au travail ».

Yalta palais vorontsov 3.JPGL’impression qui prédomine en arrivant à Yalta est celle de se croire sur la Côte d’Azur : douceur du climat, végétation méditerranéenne, foule d’estivants qui se pressent dans les guinguettes et restaurants. Quelques constructions modernes défigurent hélas le paysage en dépit de vestiges architecturaux de la période Art Nouveau. La chaleur, bien au-dessus de la norme saisonnière, est accablante, et c’est bien fatigués que nous nous installons dans notre hôtel, contemporain de Tchékov, mais disposant heureusement de tout le confort moderne. Après un buffet de spécialités locales varié, nous gagnons notre chambre sans demander notre reste.

Jeudi 8 juillet

De Yalta, nous partons en autocar pour la visite de deux superbes palais en bord de mer, entourés de flamboyants jardins fleuris. Le premier de ces lieux chargés d’histoire est le palais Livadia, tout de marbre blanc, de style néo-classique, évocation des Romanov de la Belle Epoque. La conférence de Yalta, présidée par Staline, Roosvelt et Churchill s’est déroulée ici en février 1945. 

Toute la côte est très belle, les palais et villas des familiers de la cour impériale sont devenus plus tard les datchas de la Nomenklatura soviétique. Le déjeuner est pris au Nid d’Hirondelles, sorte de petit château à la Walter Scott. Si l’emplacement est spectaculaire, la nourriture n’est hélas pas à l’avenant…  L’après-midi est consacrée au domaine du Comte Vorontsov, gouverneur de Crimée. Le palais fut la résidence de Churchill pendant la conférence de Yalta. Il a aussi servi de décor au film emblématique d’Eisenstein « Le cuirassé Potemkine ».

Une visite dans les caves du dernier tsar de Russie, Nicolas II, nous permet de déguster les fameux vins de Crimée et surtout de nous asseoir car, chaleur aidant,  les jambes sont lourdes…

Vendredi 9 juillet

Nous quittons Yalta pour Sébastopol, ville fondée en 1784 par Potemkine. Nous passons devant la datcha des Gorbatchev, où le dernier président de l’URSS fut pendant quelque temps enfermé en août 1991 par ses pairs du parti communiste lors du coup d’état prélude à la fin du régime soviétique en décembre de la même année.

Sébastopol fut une cité interdite pendant l’ère soviétique en raison de son port militaire. Exemple rare de style stalinien réussi, ses immeubles blancs autour de la baie lui donnent l’allure d’une ville cubiste. D’autres aspects de la ville laissent une impression moins flatteuse : façades délabrées, chaussées défoncées, bateaux de guerre rouillés… Mais Sébastopol c’est aussi le siège de la ville lors de la guerre de Crimée (1853-1856), évoqué dans un diorama. Considéré comme « le premier conflit moderne »  (la Russie contre la coalition franco-anglaise) de par l’utilisation d’armes nouvelles, du train à des fins tactiques et du télégraphe. Des correspondants et photographes de guerre font aussi leur apparition pour la première fois. La Russie fut vaincue, mettant fin à ses visées d’expansion vers la Méditerranée.

Après la visite du site grec Chersonèse, nous regagnons Simféropol, capitale de la Crimée, pour un dîner léger composé des succulents « golubtsy », le chou farci, et des abricots locaux dont le goût est plus exquis que ceux du Valais, ce qui paraît impossible, et pourtant…

Le train de nuit nous attend pour nous mener vers Odessa, dernière étape de notre périple. L’impression générale est d’êtreEscaliers Potemkine Odessa.jpg « déçu en bien » malgré la longueur du trajet mais il n’y a pas de liaison aérienne entre ces villes. Occupés par une ou deux personnes, les compartiments s’avèrent agréables et l’arrivée à Odessa se fait à l’heure.

Samedi 10 juillet

Arrivés à 08h10, un car nous mène à l’hôtel, où le personnel, peu habitué à tant de monde en même temps semble quelque peu dépassé. Mais tout s’arrange assez vite et le champagne servi au petit déjeuner finit de détendre l’atmosphère.

Que dire d’Odessa, cette Saint-Pétersbourg du sud voulu par Catherine II ? Une ville agréable, bien ordonnée, immortalisée par Eisenstein et son mythique escalier Potemkine, qui paraît plus petit que dans le film. L’excursion à pied et en car se poursuit en bateau où certains parmi nous ont pu apercevoir des dauphins.

Le soir, nous nous rendons à pied au restaurant pour le dîner d’adieu. C’est une chaude soirée d’été, et l’on prend plaisir à observer les Odessites, bien habillés, s’installer sur les terrasses. L’ambiance est conviviale, la cuisine traditionnelle ukrainienne délicieuse et chacun profite de ce moment privilégié.

Dimanche 11 juillet

C’est le jour du départ, nous sommes un peu tristes, car la semaine a passé si vite, et nous aimerions tous rester encore un peu dans ces lieux hospitaliers.

Une promenade à pied pour admirer de près les palais restaurés, suivie de la visite du musée des Arts pour admirer les tableaux de Kandinsky, natif d’Odessa, et il est l’heure de se rendre à l’aéroport pour le vol de retour vers Genève.

En résumé, des bulbes dorés de Kiev à la ville d’Odessa rêvée par Catherine II en passant par la Crimée, nous nous sommes laissé entraîner au plus près des enjeux de l’histoire et de la beauté des sites. Ce fut une semaine intense, une expérience inoubliable que d’aucuns auraient aimé prolonger ici où là.

Kiev 2.JPG

 

 

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