18/11/2009

Du 30 octobre au 11 novembre 2009

PÉRIPLE À TRAVERS LE PÉROU (1e partie)

Récit Isabelle Tuetey


Vendredi 30 octobre 2009

 

Ça y est! Le moment tant attendu par les 18 lecteurs de la Tribune de Genève et de 24 heures est arrivé. Enfin presque!

Car même si nous nous retrouvons à 5h30 du matin ce vendredi 30 octobre, il nous faut encore affronter le manque de sommeil, le stress d’un oubli de billets dans le 1e avion à Amsterdam et surtout les 13 heures de vol qui nous séparent encore de Lima et donc du Pérou.

Bien que le personnel à bord de l’avion soit aux petits soins, les dernières heures de vol paraissent une éternité et chacun essaie de passer le temps en se dégourdissant les jambes dans les allées, en regardant un film sur les écrans individuels ou en essayant tant bien que mal de dormir… Et lorsque nous atterrissons enfin, il nous faut encore s’armer de patience pour récupérer nos bagages (pas toujours en l’état) et pour passer les contrôles de douane…

P1030972.JPGNous faisons enfin la connaissance d’Hervé, notre guide français, expatrié depuis plus de 10 ans au Pérou et prenons le bus jusqu’à Miraflores, avec un chauffeur qui tente tant bien que mal de se frayer un chemin dans la circulation dense et peu disciplinée de Lima.

Après un tel voyage, le repas du soir est pris rapidement car la fatigue après 24 heures debout se fait sentir sur les visages et chacun rêve déjà de se blottir dans les draps pour une nuit réparatrice afin de pouvoir profiter du périple à venir.

 

Samedi 31 octobre 2009

Ce matin, après le petit-déjeuner, chacun a plus ou moins récupéré du voyage et est prêt pour cette première journée au Pérou. C’est Aurora qui sera notre guide locale pour la visite panoramique de Lima.

IMG_0008bis.jpgIMG_0016bis.jpgAprès avoir rejoint une route qui serpente sur les hauteurs des falaises côtières, nous faisons une première halte au bord du Pacifique au petit «Parque del Amor» qui tient son nom d’une sculpture représentant un couple qui s’embrasse. Depuis ce parc, qui n’est pas sans rappeler le parc Güell de Barcelone, on découvre un magnifique panorama sur la vaste baie où l’on admire les surfeurs tentant quelques prouesses. Nous regrettons cependant que le soleil ne soit pas de la partie pour pouvoir immortaliser au mieux ce paysage. Cependant rien d’étonnant à ce temps gris, puisque le mélange du courant froid parcourant l’océan (au maximum de 17°C) et la cordillère des Andes qui fait barrière au vent et à la pluie entraîne souvent un temps nuageux, le «garúa» à Lima que l’on nomme souvent la «ville grise».

Nous repartons ensuite dans les rues de Lima en bus et remarquons rapidement ce qui va devenir une constante: le manque de plans d’urbanisme a pour conséquence des habitations très contrastées dans leurs constructions, leurs coloris, leur qualité…

P1030969bis.jpgLa circulation est toujours aussi dense même si pour les locaux le samedi semble être un jour beaucoup plus calme. Cela nous donne du coup le temps d’observer des «phénomènes» auxquels nous ne sommes pas habitués. Des jeunes faisant des pirouettes et autres acrobaties aux abords des carrefours voire sur les passages piétons aux feux. Feux d’ailleurs régulièrement remplacés par des postes de policiers (ou plutôt de policières) qui essaient de réguler la circulation. Sans oublier les nombreux vendeurs de tout et de rien qui se faufilent entre les voitures arrêtées parfois au péril de leur vie.

Nous faisons une halte photos au Huaca Huallamarca. A l’origine, ces temples étaient destinés aux chefs qu’on enterrait par étages, ceux-ci pouvant aller jusqu’au nombre de 6. Ces sites ont par la suite étaient recouverts de terre pour les cacher aux conquistadors et ainsi les protéger des destructions en les faisant passer pour des collines. Les fouilles ici durent depuis plus de 12 ans sur environ 6 hectares. 28 squelettes de femmes sacrifiées y ont été retrouvés.

IMG_0033bis.jpgNous nous dirigeons ensuite vers le centre historique de Lima et découvrons, cette fois à pieds, la Plaza Major (ancienne place des Armes). C’est là que se terminaient les grandes processions, c’est là qu’on exposait les têtes des décapités et c’est là que brûlaient les bûchers de l’Inquisition. Elle a été rénovée en 1997 et regroupe plusieurs édifices de l’époque coloniale: la cathédrale, le palais de l’archevêché, le siège du gouvernement et l’hôtel de ville. Au milieu de la place et de ces édifices de style classique, l’eau s’écoule dans une fontaine en bronze de 3 étages datant de 1650.

IMG_0064.JPGNous continuons ensuite notre visite jusqu’à la gare centrale à la façade jaune et blanche, et au nom évocateur de Estación Desamparado (la gare des délaissés). Cette gare menait à La Oroya qui emprunte le col d’Anticona à 4'518 mètres d’altitude mais le trafic passager a pratiquement été supprimé. La gare accueille essentiellement des expositions temporaires sous sa belle baie vitrée. Les rails longent le Rio Rimac qui transporte des masses d’eau des montagnes jusqu’à la côte, énormes mais pas forcément suffisantes en période de sécheresse pour subvenir aux besoins de 8 millions d’habitants (d’où l’apparition de camions citernes qui proposent d’acheter de l’eau potable à prix élevés dans les bidonvilles). Un peu plus loin, nous visitons l’une des nombreuses églises de cette ville, et de ce pays, très pratiquants. Le Covento de San Francesco, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, est un ensemble imposant tant à l’extérieur, avec ses 2 tours jaunes qu’à l’intérieur, avec des plafonds en roseau recouverts de stuc. Le style baroque laisse entrevoir des influences arabes et andalouses. L’ostentatoire en or est incrusté de pierres précieuses. Dans les catacombes reposent les ossements d’environ 70'000 victimes d’épidémies.

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Après un repas durant lequel nous découvrons certaines des nombreuses spécialités péruviennes (491 recettes au Guinness Book), comme la Chicha morada – un jus sans alcool à base de maïs violet, pommes, ananas, coings clous de girofle et cannelle – nous faisons route vers Paracas. Après avoir longé les bidonvilles, réalité malheureuse et pourtant si présente de Lima et du Pérou, nous longeons ainsi la côte désertique avec en arrière plan la Cordillère des Andes et découvrons les grands élevages de poulets qui se succèdent sur la route. Les couleurs sont très contrastées, et pour les amoureux du désert, c’est un paysage envoûtant invitant l’esprit à vagabonder à la découverte de ces grands espaces sans fin.

Nous arrivons dans un magnifique hôtel à Paracas avec des chambres très confortables. 2 seuls regrets: le service au restaurant qui est chaotique et surtout le fait d’arriver de nuit et de ne pas pouvoir ainsi tester la magnifique piscine (d’autant que demain nous n’aurons pas non plus le temps de la tester puisque le réveil est prévu aux aurores).

 

Dimanche 1er novembre

IMG_0112bis.jpgCe matin, notre réveil à Paracas (qui signifie vent du Pacifique) nous dévoile une vue magnifique depuis notre hôtel. Nous rejoignons en bus le ponton de bois d’où partent les bateaux à moteur pour les Iles Ballestras. En attendant notre tour de monter à bord d’un bateau, nous pouvons à nouveau admirer l’ingéniosité dont font preuve les Péruviens pour gagner un peu d’argent et ainsi ne pas rester inactifs. Cet enfant qui donne à manger aux pélicans afin que les touristes prennent des photos qu’il monnaie en est un excellent exemple… Nous tour arrive enfin et, après avoir mis nos magnifiques gilets de sauvetage oranges, nous admirons la beauté de cette côte désertique sculptée par la nature. Nous pouvons très vite y observer au loin des pélicans. Sur la côte de la presqu’île, nous nous arrêtons pour photographier et admirer le Candelabro (Candélabre), un dessin gravé dans le sable dont la signification et la fonction ne sont toujours pas totalement élucidées. Mais la beauté du paysage n’est rien par rapport au spectacle qui nous attend. Les pélicans, volent majestueux et toujours plus nombreux autour de nous, accompagnés de mouettes à tête grise ou des Andes, de sternes incas au plumage rouge et noir et à la moustache blanche, de Cormorans Guanay. Des milliers d’oiseaux nous offrent un ballet féerique dans le ciel et nous bénissent même parfois… pour la chance!IMG_0155.JPG

Nous nous rapprochons de la crique et pouvons entendre des cris, tels des rugissements, qui ramènent notre regard du ciel vers la terre ferme. Des phoques et des otaries se prélassent et profitent de l’acoustique des falaises pour se faire remarque. Tout le monde est sous le charme et ce, encore plus, lorsque l’on remarque en arrière-plan des pingouins Humboldt qui se dandinent. Cette faune variée qui ne se rencontre normalement que dans les régions proches du Pôle est possible grâce au courant de Humboldt (aux alentours de 14-16°C) qui remonte le long du littoral péruvien. Chacun apprécie ce moment à sa juste valeur et l’immortalise sans penser qu’à plusieurs endroits encore, nous pourrons voir ces animaux exceptionnels d’encore plus près. Moments magiques, qui nous presque totalement oublier l’odeur nauséabonde qui se dégage de cet endroit, notamment à cause du Guano, la fiente d’oiseaux. Les falaises sont impressionnantes et sur l’une des îles, les oiseaux sont tellement nombreux qu’on la croirait recouverte d’une terre noire. Nous prenons le chemin du retour accompagnés par le vol des oiseaux et par quelques otaries. Nous passons devant l’une des petites îles transformées en réserve naturelle et où se trouve une fabrique de guano. Chaque année, le Pérou exporte en effet 20'000 tonnes de guano vers le monde entier pour servir de fertilisant naturel.

IMG_0188BIS.jpg IMG_0241BIS.jpg IMG_0299BIS.jpgIMG_0331BIS.jpg IMG_0342.JPG IMG_0372.JPG

Au retour, le sourire se lit sur toutes les lèvres!

A l’heure du déjeuner, nous nous arrêtons dans une bodega où nous dégustons le Pisco, la boisson nationale sous diverses formes:

  • Pisco sour, avec du citron et du blanc d’œuf
  • Pur, à 45°C
  • À la granadilla

P1040016.JPGUne fois les estomacs bien remplis (était-ce une erreur?) nous faisons route jusqu’à Nazca, une oasis fertile à 600 mètres d’altitude et à 447 km au sud de Lima, au milieu du désert de sable qui s’étend à l’infini. Quelques oasis contrastent avec ces paysages de sables et de pierres. Le survol des lignes de Nazca est un moment attendu de tous. Ces lignes, dessinées il y a 1'500 à 1'800 ans, aux origines mystérieuses étant l’un des symboles du Pérou, chacun se réjouit de les découvrir.

Les avions d’un âge certain, inquiètent cependant autant qu’ils font rire. On se sent «serrés comme des sardines» et l’installation n’est pas des plus simples dans un si petit espace. Le décollage est quant à lui épique. Imaginez le pilote, un bras accoudé à la fenêtre, comme s’il conduisait sa petite voiture décapotable. Fenêtre qu’il ne fermera d’ailleurs qu’au dernier moment. Imaginez l’avion qui accélère sur la piste, dans un bruit infernal et tremblant de toute part. Munis de nos écouteurs, nous portons toute notre attention sur les indications grésillantes du pilote. Imaginez-le disant, avec son accent chantant: «Attention, Madame, attention, Monsieur, le singe à droite» puis tournant aussi sec à droite et enchaînant «Attention, Madame, attention, Monsieur, le singe à gauche» puis tournant tout aussi sec à gauche. Bien évidemment, à ces changements de caps express, il faut ajouter les trous d’air à la verticale qu’un si petit avion prend de plein fouet. Aurais-je oublié de dire qu’au final, nous aurons vu la baleine, les triangles, les trapèzes, l’astronaute, le singe (89m de long), le chien, le condor, l’araignée, le colibri, le pélican, le perroquet, les mains, et l’arbre… Alors imaginez le nombre de changements de cap, sachant qu’on les a pratiquement tous vus une fois à gauche et une fois à droite!

 

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Au final, les photos seront prises «au mieux» et chacun sera content de retrouver la terre ferme avec un cœur qui aura plus ou moins bien supporté l’expérience… que l’on ait apprécié ou non le vol, que l’on ait été conquis ou non par ces lignes mythiques, une chose est sûre: cela restera pour chacun une expérience inoubliable et le repos qui s’ensuivra aura été bien mérité…

 

Lundi 2 novembre 2009

Aujourd’hui, c’est un long trajet en bus qui nous attend pour relier Nazca à Arequipa.

P1040049.JPGP1040063.JPGLe trajet de plus de 9 heures s’annonce d’ailleurs dès le début plus long que prévu puisque notre bus, à la sortie de Nazca, heurte l’un des nombreux trous des routes en réfection (élections en vue obligent!). Résultat, au moment du contrôle dans un garage: un pneu avec un joli trou! Nous passons donc environ ¾ d’heure à observer le garagiste péruvien réparer la roue avec du matériel plutôt basique par rapport à chez nous mais étonnamment complet pour la région. Il ne fallait bien évidemment pas autant de temps pour qu’un vendeur ambulant se plante derrière le bus pour nous proposer des jus de fruits fraîchement pressés à l’aide d’un presse-agrumes alimenté par un moteur.P1040068.JPG

Nous reprenons finalement la route bordée par endroits de champs de cactus aux extrémités blanches. Hervé, notre guide, nous explique que ce ne sont autres que des cochenilles «élevées» pour la teinture puisqu’elles fournissent un joli rouge carmin une fois écrasées.

IMG_0451.JPGP1040081.JPGTout à coup, nous nous arrêtons au bord de la route dans ce qui paraît être «le milieu de nulle part». C’est lorsqu’Hervé nous explique et surtout quant nous descendons du bus que nous découvrons le magnifique paysage offert par la faille de Nazca qui fait 20 km de long. Nous reprenons ensuite la route au milieu de ce désert de dunes, puis de terre rouge puis longeons d’impressionnantes falaises sur une route sinueuse. Les vagues du Pacifique, bien que plutôt calmes pour la saison, viennent mourir sur ces falaises en un éclat blanc magnifiques. Les condors prennent leur envol et nous accompagnent parfois quelques instants d’un vol majestueux. Une pause technique nous permet d’ailleurs de les observer de plus près tandis qu’ils se prélassent dans une petite crique.

Notre pause-déjeuner se fait à Camaná, petite ville de 1'400 habitants qui a été victime d’un raz-de-marée en 2001. Nous y découvrons la Granadilla, un fruit proche du fruit de la passion que nous avions déjà pu déguster mélangé au Pisco.

IMG_0537.JPGSur la route vers Arequipa, le paysage péruvien nous surprend à nouveau avec ses oasis d’oliviers et ses rizières au milieu d’un paysage totalement désertique. La brume et la pluie nous cachent pour un moment les beautés du paysage pour mieux nous les dévoiler un peu plus loin. Durant ce voyage certes long, on se sera demandé à chaque fois, quelle nouvelle surprise le prochain virage nous dévoilera.

P1040121.JPGNous arrivons de nuit à Arequipa, la deuxième ville du Pérou, appelée la ville blanche. Notre hôtel se trouve sur la place d'Armes magnifiquement illuminée et nous dînons, certains du moins, sur une terrasse donnant sur cette place avec en prime une petite animation musicale aux sons de la guitare et de la flûte de Pan.

 

Mardi 3 novembre

P1040164.JPGCe matin, nous découvrons la place d’Armes d’Arequipa à la lumière du petit matin. Cette place, réputée la plus belle du pays, ne trahit pas sa promesse, de jour comme de nuit. La cathédrale, quelques vieux hôtels coloniaux et quelques charmants cafés et restaurants s’y côtoient. La place est entourée de palmiers hauts, de vieux réverbères, d’arcades à deux niveaux, de nombreuses fleurs, avec au milieu une belle fontaine blanche en tuf et une vue sur le sommet enneigé du volcan Nevado Chachani. Nous remarquons sur notre passage des écrivains publics avec leurs anciennes machines à écrire.

IMG_0542.JPGNotre visite panoramique nous permettra d’ailleurs de jouir d’une vue magnifique sur les monts alentours: le volcan El Misti (5'822 m), le Chachani (6'075 m) et le Pichu Pichu (5'669 m). Nous dégustons depuis le belvédère nous offrant cette vue la Maca qui, en infusion, aurait des vertus reconstituantes, revigorantes, fertilisantes, digestives et antistress. Des feuilles et des bonbons de Coca étant en vente, un certain nombre de personnes décident d’en faire l’acquisition afin de tester ses propriétés contre le mal d’altitude qui nous attend presque inévitablement.

À 2 km du centre-ville, nous nous rendons au quartier Yanahuara avec son église construite en 1750 et le mirador situé sur une esplanade avec des arcades en sillar (pierre blanche) d’où l’on a une vue panoramique sur Arequipa.

 

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Notre visite nous conduit ensuite au couvent de Santa Catalina fondé en 1580 et qui hébergeait au XVIIe siècle jusqu’à 450 religieuses et 500 employés. Dès le départ, des femmes d’origine sociale diverse entrent au couvent pour devenir des religieuses qui font vœu de silence et abandonnent à jamais leur famille. La condition d’entrée: une dot de 1000 pesos en or. A l’intérieur, on y découvre un dédale de ruelles, de petites cours intérieures aux couleurs flamboyantes. On y découvre également la différence de logements entre une novice, qui n’avait le droit qu’à une petite cellule avec un lit et une armoire (avec un nombre et une liste précis d’affaires personnelles autorisées) et un autel de prière, et une religieuse confirmée qui vivait dans une maison plus ou moins grande avec cuisine et servantes. Lors des travaux de rénovation, suite aux tremblements de terre (1958 et 1960), on a découvert un grand nombre de toiles aux motifs religieux et d’auteurs inconnus dons les œuvres principales sont exposées dans deux immenses salles voûtées disposées en croix et qui servaient auparavant de dortoirs communs. La grande fierté des habitants d’Arequipa est la béatification de Sor Ana de Los Angeles Monteagudo y Léon par le pape Jean-Paul II en 1985. Dans ce couvent vivent encore environ 25 sœurs dans la partie nord. Quelques «découvertes» dans ce couvent sont encore à noter: le lavoir public, le système de filtrage de l’eau et l’une des rares «machines à laver» de l’époque.

  

Notre visite terminée, nous apprécions le travail minutieux de la coupole restaurée à grands frais de la chapelle San Ignacio avec ses fresques aux dominantes vertes et rouges et ses sculptures sur bois rehaussées d’or. Nous traversons la cathédrale dont l’une des tours a également été restaurée grâce à l’Unesco qui a inscrit Arequipa au patrimoine mondial de l’humanité.

 

Après le déjeuner et l’achat d’une peinture à une jeune fille qui a suivi chacun de mes déplacements durant toute la matinée (il faut bien récompenser sa persévérance!), nous reprenons la route en direction du Canyon de Colca et découvrons les différentes végétations qu’on trouve dans les différentes zones d’altitude et notamment:

  • L’Altiplano qui signifie plaine d’altitude est la zone la plus large de la cordillère des Andes et est la plus haute région habitée du monde après le plateau du Tibet. L'altitude moyenne est de 3’300 mètres.
  • La Puna, qui est la région de la Cordillère des Andes située entre 3’500 et 4’200 mètres d'altitude, avec un climat froid, des précipitations rares (autant que l’air). On y trouve des plateaux, des volcans, des lacs, des lagunes salées et des salars et des cactus. La végétation Ichu, une sorte de paille jaune qui sert de nourriture pour les camélidés et de chauffage pour les habitants de la région y est très répandue.

Lors de notre traversée de la réserve nationale d’Aguada Blanca, nous rencontrons les premières vigognes sauvages et peu accessibles contrairement aux alpagas et lamas que nous croisons plus loin et qui eux jouent les stars devant les objectifs braqués sur eux. Nous apprenons à les reconnaître les uns des autres:

  • IMG_0602.JPGLe lama est un animal domestique, mesure jusqu’à 2 m de long et 1,25 m de hauteur. Il a de grandes oreilles, sa tête est "rasée", sa queue légèrement surélevée et il semble très orgueilleux. Sa laine est en général multicolore.
  • IMG_0616.JPGL’alpaga est également domestique et mesure 80 à 90 cm et pèse jusqu'à 70 kg. Il paraît plus petit et râblé avec des oreilles plus larges mais plus petites que le lama. Il faut distinguer l’alpaga huacaya (une peluche, avec de petites oreilles, une laine très dense) de l’alpaga suri (c’est le «rasta» des camélidés avec ses très longs poils)
  • IMG_0710.JPGLa vigogne est sauvage et a la laine la plus fine du monde animal. C'est le plus petit des camélidés sud-américains avec moins de 90 cm et un poids maximal de 40 kg. Beaucoup plus fin que ses cousins il est de couleur rougeâtre au niveau de la poitrine avec un entrejambe blanc. Il ressemble plus à une gazelle ou une biche qu'à un camélidé et peut atteindre 40 km/h et sauter jusqu'à 2 mètres.

Nous passons à plus de 4'800 m d’altitude au col de Patapampa, où malheureusement le brouillard nous empêche de profiter du paysage, et je me rends compte que les premiers symptômes du mal d’altitude arrivent avec un poids dans la poitrine et des maux de tête diffus.

 

Nous arrivons à Chivay juché sur les hauteurs, dans un hôtel qui ressemble à un village miniature.

 

Mercredi 4 novembre

Aujourd’hui, c’est une très longue journée de bus qui nous attend. Nous quittons Chivay et le mal d’altitude ressenti la veille a finalement ressurgi ce matin avec quelques nausées. Je sens que la journée en bus va être longue si mon mal de tête ne passe pas rapidement. Nous sommes de plus en plus nombreux à ressentir les symptômes de manière plus ou moins violente. Heureusement, mon état s’améliore petit à petit et je peux tout de même profiter des quelques pauses et visites que nous faisons aujourd’hui.

 

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Notre première halte se fait à la Croix du Condor avec une vue plongeante dans le Canyon de Colca, sûrement l’un des plus beau point panoramique du Canyon. Il surplombe la rivière de Colca qui coule 1200 mètres plus bas. En face culmine le volcan Mismi avec ses 5547 mètres. Dans ce cadre naturel sauvage, on peut avec un peu de chance admirer les condors. Aujourd’hui, nous n’en verrons qu’un malheureusement au prix d’une grande patience récompensée par quelques battements d’ailes majestueux pour ensuite se laisser porter par les courants ascendants. Le condor est l’oiseau sacré et vénéré dans le monde inca car c’est lui qui approche le soleil de plus près.

  

Nous faisons ensuite une halte à Maca, une ville qui a été détruite en 1994 par un tremblement de terre et dont l’église suscite l’intérêt.

 

IMG_0707.JPGUn arrêt à Patapampa à 4'910 mètres d’altitude (soit une centaine de mètres au-dessus de notre cher Mont-Blanc), nous permet encore une fois de ressentir les effets de l’altitude. Un pas après l’autre, doucement, sont les maîtres mots !IMG_0709.JPG

 

IMG_0719.JPGSur notre route, nous aurons pu admirer le paysage impressionnant du canyon. On y perçoit les fissures suite aux divers tremblements de terre. On y admire les innombrables terrasses cultivées de l’époque pré-inca (souvent laissées en friche de nos jours) et les monts enneigés alentours. Quelques vigognes aventureuses traversent la route devant notre bus puis nous rencontrons un autre groupe un peu plus loin, tout près de la route, que nous pouvons à loisir photographier depuis le bus. Puis ce sont quelques lacs avec des flamants roses qui attirent notre attention et dont le bleu intense contraste avec les couleurs de la roche que nous avons eue jusqu’à présent. Nous arrivons dans l’Altiplano qui, bien qu’à environ 4000 mètres d’altitude nous paraît bien plat.

Ce soir, nous arrivons tard à Puno et malgré la nuit nous entrapercevons le lac Titicaca derrière notre hôtel.

  

Jeudi 5 novembre

 

IMG_0722.JPGCe matin, nous nous réveillons à Puno et, en ouvrant les rideaux de la chambre d’hôtel, je découvre le paysage à nouveau magnifique qui s’offre à moi et que j’avais imaginé en arrivant hier de nuit. Notre hôtel se trouve au bord du lac Titicaca (félin de pierre ou félin gris en quechua) et le soleil qui vient le frappait de ses rayons matinaux lui donne une couleur argentée.

 

 
 
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Après le petit-déjeuner, nous embarquons en bateau depuis le ponton de l’hôtel pour découvrir les îles flottantes. Une tribu d’indiens vit sur ces îles du lac Titicaca avec en arrière-plan les monts enneigés de la Cordillera Real. Quelque 1000 Uros vivent sur 60 îles et quelques uns ont accepté le tourisme et nous font découvrir leur mode de vie. Ces îles flottantes sont composées de couches de joncs de plusieurs mètres d’épaisseur, reliées entre elles, qui doivent être renouvelées régulièrement (la couche inférieure pourrit à force d’être dans l’eau) et recouvertes de roseaux. La profondeur des eaux à cet endroit est d’environ 16 mètres. Ceux des Uros qui, il y a quelques décennies ne vivaient que de chasse aux oiseaux et de pêche et qui ont accepté le tourisme proposent désormais à la vente des objets artisanaux (petits bateaux en jonc, couvertures brodées, cartes peintes…). Et les enfants ne sont pas en reste pour négocier. Les conditions de vie sur ces îles flottantes sont difficiles. Rhumatismes, grippes chroniques, rhumes et infections en tout genre sont fréquents. Preuve en est cette petite fille malade à laquelle nous donnons quelques antibiotiques de notre stock (merci Monique !). A ces problèmes de santé et d’hygiène s’ajoutent les problèmes de variation d’eau de plus en plus importants et la pollution croissante du lac dont l’eau ne sera bientôt plus potable. Pourtant les Uros veulent continuer à vivre sans papiers d’identité officiels.

  

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Après avoir goûté les pousses de totora (roseaux) et fait quelques photos et/ou emplettes, nous faisons un tour de bateau traditionnel (toujours en totora). Notre départ est alors accompagné par les femmes, enfants et hommes qui chantent en quechua, en espagnol ou encore « alouette » en Français. Nous nous laissons porter par les flots et les chansons des enfants (qui se monnaient bien évidemment) jusqu’à une autre île où nous récupérons le bateau à moteur.

Il nous faut environ 1 heure de navigation pour atteindre l’île de Taquile, longue de 6 km et aux nombreuses montagnes. Commence alors une montée à pieds de 30 à 45 minutes selon les rythmes et pas toujours évidente jusqu’à la Plaza Central. A près de 4000 mètres d’altitude, le souffle est court et la moindre pente paraît une aventure. Une bonne respiration, une bonne hydratation et un rythme calme et régulier sont indispensables. Malgré quelques difficultés et un vertige, tout le monde arrive enfin à la Plaza Central, heureux d’avoir relevé le défi et de découvrir un panorama magnifique malgré la fatigue. On se croirait au bord de mer ! Les Taquileños parlent le quechua, ne se marient pratiquement qu’entre eux et portent les habits typiques (de beaux châles tissés, des jupes et des capes) dont les motifs contiennent des informations cachées sur le statut social et ou marital de leur propriétaire. Ici, pas de routes, pas de véhicules, très peu d’animaux si ce n’est le mouton élevé pour sa laine que les hommes tricotent avec agilité.

Nous déjeunons sur les hauteurs de l’île où nous dégustons une soupe de quinoa et une truite du lac.

Il nous faut cependant encore redescendre de l’autre côté de l’île afin de récupérer le bateau. La descente, que nous espérions plus aisée que la montée, n’est pas si évidente du fait des marches en pierres inégales et parfois glissantes. Mais là encore, le maître-mot est d’aller à son rythme et le panorama étant superbe, chacun se dit une fois en bas que ça valait le coup.

 

1h30 de bateau pour le retour et un peu de repos en fin de journée. De quoi se remettre de ses émotions et se reposer ou profiter du paysage.

 

 

 

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